Chronique de Landévennec – Avril 2020. L’édito : « Le corps du Seigneur en temps de pandémie »

Ce jeudi Saint, jour où l’Eglise célèbre le mémorial de Cène, les chrétiens étaient privés du sacrement de l’eucharistie qu’au soir de la Cène le Seigneur Jésus a institué pour eux ! Cela suffit à dire la gravité de la crise sanitaire que traverse notre monde et bouleverse chacune de nos vies.

Le mémorial du Jeudi Saint nous fait pourtant revivre deux gestes qui manifestent de manière forte la dimension très incarnée de la foi chrétienne : le rite du lavement des pieds et l’institution de l’eucharistie où le Seigneur nous donne sont corps à manger, deux gestes éminemment corporels ! Deux gestes qui nous montrent s’il en était encore besoin que la religion chrétienne est par excellence une religion du corps, une religion de l’incarnation ! Le corps touché, lavé, essuyé, le corps livré, le corps mangé même et enfin le corps glorifié dans le mystère de la Résurrection qui est notre destination et notre vocation ultime ! 

Or, ce jeudi Saint nous a fait découvrir de manière encore plus sensible, – par la privation à laquelle nous avons été tenu -, à quel point en se faisant l’un de nous, Dieu en Jésus Christ est venu rejoindre notre humanité dans sa réalité la plus corporelle ! « Une histoire arrivée à la chair » disait Péguy.

Ainsi avons-nous été dans l’impossibilité de vivre le rite du lavement des pieds et encore moins – pour la plupart d’entre nous – de pouvoir de communier au corps et au sang du Seigneur ! Et tous, nous avons été dans l’impossibilité de nous rassembler comme corps ecclésial visible alors même que saint Paul déclare aux Corinthiens en sa première évocation de l’eucharistie : « parce que qu’il n’y a qu’un seul pain, à plusieurs nous ne formons qu’un seul corps, car tous nous participons à ce pain unique » (1 Co 10, 17). C’est donc toute la dimension éminemment corporelle de notre foi qui n’a pu se donner à vivre liturgiquement. Nous avons ainsi été appelés (et nous le sommes encore au moment où vous recevez cette chronique) à descendre plus en profondeur  pour accueillir et vivre spirituellement les rites et sacrements dont nous avons été privés. Comme si avec Marie-Madeleine au matin de Pâques nous étions appelés à accueillir nous aussi la parole du Seigneur, « cesse de me toucher », comme une invitation à grandir dans la foi nue.

Et, de fait, confrontés tous ensembles à cette situation inédite et pleine d’incertitudes, voir d’inquiétudes, nous avons constaté qu’une réelle communion spirituelle se vivait entre tous, favorisée par les moyens de communication actuelle tels que internet qui a permis à beaucoup de s’associer à des paroisses ou des communautés religieuses aux heures des offices liturgiques. Ainsi avons-nous depuis le dimanche des Rameaux et continuons-nous de proposer à ceux qui le souhaitent de nous rejoindre pour Laudes, Messe et Vêpres aussi longtemps que durera le confinement : http://www.abbaye-landevennec.fr/ 

Dieu continue de se donner à nous, de nous manifester ses grâces et de nous garder dans l’espérance car il veut que nous soyons ses témoins dans la situation particulière que nous vivons collectivement. Il nous fait la grâce de sa présence en l’absence même de la possibilité de communier sacramentellement à son corps et à son sang, car comme le dit encore saint Paul : « il s’est livré pour nous une fois pour toute » et nous pouvons en recueillir les fruits tous les jours là où nous sommes dans l’isolement d’un confinement ou sur un lit d’hôpital !

Et puis nous Le voyons présent dans les personnes à secourir comme aussi en celles qui se mettent à leur secours ou plus généralement qui par leur travail assurent les fonctions essentielles, souvent humbles, qui permettent à la société de tenir en ce moment de crise. C’est ainsi concrètement que se vit en ces jours, et quotidiennement, le geste du lavement des pieds.  

Puissions-nous être de ces serviteurs qu’à son retour le Maître trouvera en tenue de service. Que la lumière de Pâques vous garde tous et toutes chers amis lecteurs dans l’espérance.

Frère Jean-Michel, abbé

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